En bref
- Un linteau reprend la charge du mur au-dessus d'une ouverture et la reporte de part et d'autre. Sans lui, la maçonnerie fissure en escalier au-dessus des angles.
- Règle d'atelier : environ 1/10 de la portée en hauteur de retombée, et au minimum 20 cm d'appui de chaque côté.
- Le préfabriqué est plus rapide et sans coffrage ; le coulé en place s'impose dès que la section ou le ferraillage sortent des standards.
- Au-delà d'environ 2 m de portée, ou dans un mur porteur, le dimensionnement relève d'un calcul de structure — pas d'une règle empirique.
Un linteau, c’est la pièce qui empêche le mur de s’effondrer dans l’ouverture qu’on vient d’y percer. Il reprend la charge située au-dessus de la porte ou de la fenêtre et la reporte de part et d’autre, dans la maçonnerie saine. Quand il est absent, sous-dimensionné ou mal appuyé, ça ne se voit pas tout de suite : la fissure apparaît un à trois hivers plus tard, en escalier, partant des angles supérieurs de l’ouverture.
Ce que reprend réellement un linteau
Au-dessus d’une ouverture, la maçonnerie ne pèse pas de tout son poids sur le linteau. Elle travaille en voûte de décharge : une partie des efforts se redistribue latéralement, et seul un triangle de maçonnerie situé juste au-dessus de l’ouverture repose vraiment sur le linteau.
Cette voûte ne se forme que si deux conditions sont réunies : assez de hauteur de mur au-dessus de l’ouverture, et une maçonnerie continue de part et d’autre. Dès qu’on approche du haut du mur, ou qu’un plancher, une panne ou une charpente s’appuie juste au-dessus, la voûte ne peut plus se former. Le linteau reprend alors la totalité de la charge, et le dimensionnement change complètement de nature.
C’est la raison pour laquelle une même ouverture de 1,20 m peut se traiter avec un linteau standard dans un cas, et exiger une poutre calculée dans l’autre.
Les trois façons de faire
Le linteau préfabriqué
Un élément en béton armé livré prêt à poser, qu’on dépose sur ses appuis au mortier. C’est la solution la plus rapide : pas de coffrage, pas d’étaiement à conserver, la maçonnerie reprend immédiatement au-dessus.
Chaque fabricant publie un abaque qui donne la portée admissible en fonction de la section et du type de charge. C’est cet abaque qui fait foi, pas une règle générale : deux linteaux de même section peuvent avoir des capacités très différentes selon leur ferraillage.
Le bloc-linteau à bancher
Un bloc en U qu’on aligne sur un étaiement, dans lequel on place les aciers avant de couler le béton. Il sert de coffrage perdu et reste dans l’ouvrage. C’est un bon compromis : plus souple que le préfabriqué sur les longueurs atypiques, plus simple que le coffrage bois.
Il faut le remplir en une seule fois, vibrer ou piquer sérieusement pour éviter les nids de cailloux, et conserver l’étaiement jusqu’à la prise complète.
Le coulé en place
Coffrage bois, ferraillage, coulage. C’est la solution qui s’impose dès que la section sort des standards, que la portée est importante, ou que le linteau doit reprendre une charge concentrée. C’est aussi la plus exigeante : un coffrage qui bouge au coulage, et la géométrie est fausse pour de bon.
Le béton se dose couramment à 350 kg de ciment par mètre cube pour ce type d’ouvrage. Les aciers principaux se placent en partie basse, là où le béton travaille en traction, avec un enrobage suffisant pour qu’ils ne soient jamais au contact de l’extérieur.
Dimensionner : les règles d’atelier et leurs limites
Deux règles circulent sur les chantiers, et elles sont utiles tant qu’on sait quand elles cessent de l’être.
| Paramètre | Règle courante | Quand elle ne suffit plus |
|---|---|---|
| Hauteur de retombée | Environ 1/10 de la portée, avec un minimum de 15 cm | Charge de plancher ou de charpente au-dessus |
| Appui de chaque côté | 20 cm minimum, davantage sur maçonnerie tendre | Portée supérieure à ~2 m, ou appui sur un about de mur |
| Largeur | L’épaisseur du mur, isolation déduite | Mur de forte épaisseur, doublage rapporté |
Ces valeurs conviennent à une ouverture courante dans une maçonnerie non porteuse. Elles ne sont pas un calcul. Dès que le linteau reprend un plancher, une charpente, ou qu’il franchit plus de deux mètres, il faut une note de calcul — c’est une vérification qui coûte quelques centaines d’euros, à comparer au prix d’une reprise en sous-œuvre.
Le point le plus souvent négligé n’est d’ailleurs pas la section, mais l’appui. Un linteau correctement dimensionné mais posé sur 8 cm d’appui concentre tout l’effort sur une zone minuscule de maçonnerie, qui finit par se poinçonner. C’est une cause classique de fissuration verticale sous l’about du linteau.
Combien ça coûte
Les prix ci-dessous correspondent aux tarifs publics des négoces relevés en août 2026, hors pose et hors livraison. Ils varient sensiblement d’une région à l’autre.
| Solution | Ordre de prix | Ce qu’il faut ajouter |
|---|---|---|
| Linteau préfabriqué béton | 15 à 40 € le mètre linéaire selon section | Mortier de pose, manutention à deux au-delà de 1,50 m |
| Bloc-linteau à bancher | 8 à 15 € le bloc | Béton, aciers, étaiement |
| Coulé en place | Matériaux les moins chers | Coffrage, étaiement, et surtout du temps |
Le calcul est vite fait sur une ouverture standard : le préfabriqué revient souvent moins cher une fois la main-d’œuvre comptée. Le coulé en place ne se justifie économiquement que sur des sections que le catalogue ne couvre pas.
Les erreurs qui coûtent cher
Décoffrer ou retirer l’étaiement trop tôt. Le béton n’atteint pas sa résistance en deux jours. Un linteau chargé prématurément flue, et la déformation reste. L’étaiement se conserve jusqu’à la prise complète — plusieurs semaines, davantage par temps froid.
Oublier la coupure thermique. Un linteau béton traversant en mur extérieur est un pont thermique franc : condensation, moisissure en angle de tableau, et une bande froide visible à la caméra thermique. En construction neuve, on prévoit un linteau à rupture ou une isolation rapportée en about.
Poser les aciers à l’envers. Ils travaillent en partie basse. Un ferraillage placé en haut ne sert structurellement à rien.
Ouvrir avant d’étayer. Dans un mur porteur, on étaie de part et d’autre avant de démolir, jamais après. C’est le moment où la maçonnerie est la plus vulnérable.
Ce qu’il faut retenir
Sur une ouverture courante dans un mur non porteur, un linteau préfabriqué correctement appuyé règle le problème pour un coût modeste. Dès qu’il y a un plancher au-dessus, un mur porteur, ou plus de deux mètres à franchir, on change de registre : ce n’est plus du bricolage éclairé, c’est du calcul de structure. La règle du 1/10 vous donnera un ordre de grandeur pour discuter avec un professionnel — elle ne remplacera pas sa signature.
Questions fréquentes
Quelle hauteur de linteau pour une ouverture de 1 mètre ?
Sur une ouverture courante de 1 m dans un mur non porteur, une retombée de 15 à 20 cm couvre la plupart des cas, avec 20 cm d'appui de chaque côté. Cette règle empirique ne remplace pas un calcul dès que le linteau supporte un plancher ou une charpente.
Peut-on poser un linteau sans coffrage ?
Oui, avec un linteau préfabriqué en béton armé ou un bloc-linteau à bancher. Le préfabriqué se pose directement sur ses appuis ; le bloc à bancher sert de coffrage perdu et se remplit de béton et d'acier sur place.
Quelle différence entre un linteau et une poutre ?
C'est le même principe structurel. On parle de linteau quand l'élément franchit une ouverture dans un mur, de poutre quand il porte un plancher ou une toiture sur une plus grande portée. Un linteau très chargé est dimensionné comme une poutre.
Quand faut-il un bureau d'études ?
Dès que l'ouverture est pratiquée dans un mur porteur, que la portée dépasse environ 2 mètres, ou que le linteau reprend un plancher ou une charpente. Le coût d'une note de calcul est sans commune mesure avec celui d'une reprise après fissuration.
Sources et méthode
- Règles de l'art de la maçonnerie de petits éléments (DTU 20.1)
- Fiches techniques et abaques de charge des fabricants de linteaux préfabriqués
- Fourchettes de prix : tarifs publics des négoces de matériaux, août 2026